Place Tiananmen
En ce jour de commémoration du 20me anniversaire du massacre de la place Tiananmen à
Pékin, le gouvernement tente par tous les moyens d’en faire un événement qui pourrait donner des idées aux Chinois, dont les plus jeunes ne savent pas ce qui s’est passé le 4 juin 1989. L’ancien meneur du mouvement étudiant pour la démocratie, Wu’er Kaixi est en prison à Macao (région administrative spéciale). Les services de Macao l’ont interpellé à l’aéroport, venant de Taïwan, alors qu’on lui avait refusé l’entrée sur le territoire chinois. Les services de l’immigration veulent le mettre de force dans un avion de retour vers Taipeh. À l’époque, il s’était fait connaître pour avoir fait la grève de la faim et avoir interpellé Li Peng, Premier ministre, lors d’une rencontre télévisée. Recherché, il avait pris la fuite vers Taïwan et n’avait jamais pu rentrer en
Chine. Officiellement, son désir de retour ces jours-ci était motivé par un souhait de rendre visite à ses parents à qui il est interdit de rejoindre leur fils à Taïwan. Il désire aussi débattre des tragiques événements de 1989 avec le gouvernement chinois.
Ainsi, la célèbre place est en passe d’être bouclée par la police chinoise et les sites YouTube, Flickr, Twitter (Fanfou), VeryCD et d’autres, ont été bloqués depuis mardi, pour certains depuis des mois. Plus de 6 000 sites Internet ont été ciblés ! Autour de la place même, des journalistes étrangers ont fait l’objet d’agressions, d’insultes et de menaces de la part d’agents en civil ! Aucun journaliste n’est accepté sur la place. Les contrôles d’identité se multiplient. Tous les dissidents connus ont été expulsés de Chine ou assignés à résidence. Les télévisions étrangères sont filtrées dès que l’une d’entre elles évoque l’anniversaire du Printemps de Pékin. À
Hong-Kong, le dissident Xiang Xiaoji, désormais américain, a été refoulé à l’entrée du territoire, malgré les protestations du consulat américain.
Les Etats-Unis, via P.J. Crowley, porte-parole du Département d’Etat, ont tenté d’intervenir dans cette affaire en demandant à la Chine de faire la lumière publiquement sur ces événements, de fournir enfin un bilan officiel des morts, des détenus ou des disparus, ceci afin de panser les plaies et de tourner la page d’un passé peu glorieux. Il a aussi demandé que les anciens manifestants emprisonnés soient relâchés.
Peine perdue, le gouvernement chinois étant de plus en plus hostile à tout repentir par rapport à ces événements tragiques. Les autorités chinoises tentent à tout prix d’empêcher toute commémoration. Tous ceux qui pourraient raconter comment les choses se sont déroulées sont étroitement surveillés depuis plusieurs mois.
Un bien triste anniversaire pour une bien triste attitude !