Voilà qui rappelle un peu les visites à domicile de Valéry Giscard d’Estaing chez le bon peuple, là où il pouvait débattre de tout et de rien pour prendre la température du pays en dégustant du ragoût de mouton ou un steak-frites… Sauf que cette fois, ce sont des enseignants de base qui ont été invités hier à l’Elysée et l’on ne connaît pas exactement le menu… Rappelons que
Nicolas Sarkozy avait également invité des lycéens en janvier pour un déjeuner.
Ce sont donc onze enseignants de l’enseignement primaire et secondaire qui ont pu goûter à la cuisine de l’Elysée et voir en face Nicolas Sarkozy et
Xavier Darcos pour évoquer leurs problèmes et leurs revendications. Etait également présent Richard Descoings, chargé de la concertation de la réforme du lycée reportée à fin 2008. Les enseignants accueillis sont présentés comme n’étant ni syndicalistes, ni proches du ministère et exercent en Mayenne, dans le Nord, dans la Vienne et dans la région parisienne. Alors comment ont-ils été choisis ? D’après le Ministre de l’Education Nationale, ils ont été choisis « parce qu’ils ont écrit, parce qu’ils se sont exprimés ». En effet, tous les profs avaient écrit des livres afin de raconter leur métier au quotidien ou pour défendre des idées. Xavier Darcos a tenu a précisé qu’ils étaient « majoritairement d’un bord politique assez différent du mien », ce qui semble évident puisqu’une grande majorité des enseignants se situe plutôt à gauche et inviter une majorité de sympathisants de droite aurait plutôt été mal perçu !
Que s’est-il passé lors de ce repas ? L’un des invités, Bruno Descroix, prof en Seine-Saint-Denis a expliqué : « j’ai pu dire qu’il était extrêmement difficile de faire une réforme en annonçant des suppressions de postes au départ ». Selon lui, Nicolas Sarkozy « a dit que c’était un des éléments dont il allait beaucoup s’occuper dans les semaines et les mois à venir ». Sébastien Clerc, prof au Blanc-Mesnil toujours en Seine-Saint-Denis a déclaré : « Nous avons pu discuter des réformes en cours. Nous, enseignants de base, nous sommes souvent pris en otage entre des syndicalistes qui disent non pour dire non et un ministère qui cherche à réduire le nombre de postes d’une manière parfois arithmétique (…) Je souhaiterais qu’on puisse discuter davantage de l’intérêt stratégique de certains postes ».
Au menu donc la réforme des lycées, les problèmes de violence et d’autorité, les 13 500 suppressions de postes pour la rentrée 2009 et ce dans une atmosphère bon enfant. Si les enseignantes présentes sont reparties avec des fleurs, Xavier Darcos en a lancé quelques-unes à propos du Chef de l’Etat : « Il a beaucoup insisté sur le fait que lui, Président de la République, souhaitait pouvoir établir un contact plus direct avec le monde enseignant (…) Il considère qu’aujourd’hui, leur métier s’est compliqué, que leur situation morale et matérielle s’est dégradée et qu’il souhaite que cette question soit traitée et qu’on puisse y répondre ».
Très satisfait de cette rencontre, Xavier Darcos compte inviter les mêmes personnes prochainement pour « faire la synthèse de ce qu’ils disent et en tenir compte ». Quant à Nicolas Sarkozy, il a souhaité « un contact plus direct avec le monde enseignant, et en particulier qu’il puisse aller dans les établissements, qu’il puisse discuter avec les fonctionnaires de l’Education et pas seulement avec des représentants institutionnels »…
…Une manière de dire qu’il voudrait bien se passer des syndicats pour entamer le dialogue avec les personnes directement concernées ?… Reste qu’il ne pourra pas inviter tous les profs de France et de Navarre à l’Elysée et que vouloir se passer un peu des syndicats en tant que représentants des enseignants pourrait être mal perçu alors que les syndicats se mettent en ordre de bataille pour une nouvelle grande manifestation le 19 mars prochain… L’UNEF, syndicat étudiant, a, quant à lui, appelé à une manifestation le 5 mars.