Hadopi a ses soutiens même chez les artistes de gauche. Certains d’entre eux comme Pierre Arditi, Juliette Gréco, Maxime Le Forestier, Bernard Murat ou
Michel Piccoli, ont envoyé une lettre à Martine Aubry pour exprimer leur mécontentement.
« Madame la Première Secrétaire,
Depuis toujours nous avons soutenu la gauche. Chaque fois que vous avez fait appel à nous, nous avons répondu présent. Pas par devoir. Moins encore par intérêt. Par désir et par conviction.
La gauche - notre famille - c'était le refus d'un ordre purement marchand. C'était la protection du faible contre le fort. En particulier pour la culture. En ne les abandonnant pas à la seule loi du marché, la gauche avait sauvé les artistes dans notre pays. C'était vrai, en particulier, des dispositions prises sous François Mitterrand. Ceux de nos voisins qui n'ont pas fait ce choix-là n'ont plus de cinéma ni de musique.
En vous opposant, à l'occasion de la loi "Création et Internet", à ce que des règles s'imposent aux opérateurs télécommunications (comme vous les aviez imposées naguère aux opérateurs de télévision et de radio) pour qu'ils cessent de piller la création, vous venez de tourner le dos de manière fracassante à cette histoire commune.
Vous étiez la résistance à la déréglementation, à la loi de la jungle et du plus fort qui assassine la diversité culturelle. Vous êtes désormais, par l'effet d'une étrange ironie de l'histoire, les avocats du capitalisme débridé contre les droits des artistes à l'heure du numérique.
Souvenez-vous en : le droit d'auteur est un droit de l'homme. Ce n'est pas parce que les PDG des nouvelles multinationales portent des jeans et des tee-shirts que leur âpreté et leur cupidité est moindre. Pour être cool en apparence, le capitalisme numérique n'en est pas moins sauvagement prédateur ! Héraclite nous enseigne : "le Peuple doit combattre pour ses lois comme pour ses murailles".
En faisant échec au vote de cette loi à l'Assemblée vous nous avez adressé un message de rupture. Par la présente, nous en accusons réception.
Vous avez perdu notre soutien - peut-être n'est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme.
Quant à nous, nous restons de gauche, comme ça, quand vous le redeviendrez, vous saurez où nous trouver.
Veuillez croire, Madame la Première Secrétaire, en l'expression de nos salutations attristées. »
Bref, un vrai pamphlet soutenu par
Jack Lang, le seul à se positionner pour la loi Création et Internet à gauche !
Tout cet argumentaire a fait réagir le député socialiste Patrick Bloche : « Le Gouvernement trompe et instrumentalise les artistes. En imposant une surveillance généralisée d'Internet, ce texte va à l'encontre des grands combats pour la liberté qu'ils ont toujours menés à nos côtés. Pis : la loi ne fournira pas un centime de plus à la création culturelle, contrairement au projet de contribution généralisée que nous défendions ! ».
Toujours est-il qu’à
Bruxelles, les députés ont tenté massivement de mettre un frein à la dérive française, en affirmant que couper Internet ne peut dépendre que d’une décision judiciaire… Et les députés européens ne se sont jamais positionnés contre la culture… Bien au contraire !