A Madagascar, les forces armées ont déclaré mardi qu'elles étaient prêtes à "s'acquitter de leurs fonctions", si l’amère lutte de pouvoir qui a tué environ 125 personnes n'est pas réglée rapidement. La tension est à son comble à Antananarivo depuis que la police a tiré en l'air pour disperser des milliers de manifestants qui soutiennent les tentatives de l'ancien maire de la capitale, Andry Rajoelina, pour évincer le président Marc Ravalomanana.
«L'armée fait partie de ceux qui recherchent une solution rapide à la situation actuelle. L'armée n'est pas là pour prendre le pouvoir, mais elle prête à remplir ses fonctions," a déclaré le général Fred Rakotovao, l'un des plus anciens officiers de l'armée. Mardi, les forces de sécurité déployées dans la capitale, ont empêché le blocage de routes et contenu plus de 10.000 manifestants qui essayaient d'accéder aux ministères.
Le leader de l'opposition Rajoelina, un ancien disc-jockey devenu politicien, accuse le président d'être un dictateur; il a d’ailleurs établi une administration parallèle qui souhaite s’installer dans les bâtiments gouvernementaux. Ravalomanana nie l'accusation et répète à ses partisans qu’il entend bien rester au pouvoir jusqu'à la fin de son mandat en 2011.
Un haut officier de la marine, le vice-amiral Rarison Ramaroson, fait écho à l'engagement pris par le général. "S'il n'y a pas de solution concrète (par le biais du dialogue), alors nous sommes prêts à remplir nos devoirs», a-t-il déclaré aux journalistes. Des efforts sont en cours pour rapprocher les deux parties à la table des négociations.
Le président sénégalais Abdoulaye Wade, qui était en charge des négociations de paix à Dakar en 2002, après l’élection contestée à Madagascar, a déclaré qu'il était prêt à apporter son aide.
Le porte-parole de Wade, El Hadj Amadou Sall, a indiqué dans une déclaration que le président sénégalais a de nouveau été demandé pour mener la médiation, et qu’il a accueilli favorablement la demande.
La crise sur la quatrième plus grande île au monde a eu des conséquences catastrophiques pour l'économie.
Les opérateurs du tourisme réalisent habituellement près de 300 millions d’euros par an; et l'industrie du tourisme devra faire face à l'effondrement de son CA sans un règlement rapide de la crise. La violence a aussi fortement entamé l’image de cette île de l'océan Indien qui apparaît en temps normal comme une destination sûre pour les investissements étrangers.
Rappelons que Madagascar est l'un des pays possédant la plus belle bio-diversité des milieux naturels, avec de nombreuses espèces animales et végétales endémiques, un paradis pour le tourisme. Le pays a également ouvert ses portes aux grandes entreprises étrangères, dont un bon nombre d’entreprises minières, qui prévoient d'en extraire du nickel, de la bauxite, du cobalt et de l'ilménite, une importante source de titane.