À l’affiche actuellement du film de Philippe Lioret, « Welcome », dans lequel il interprète magistralement le rôle d’un homme qui se remet en question en aidant un clandestin à Calais, Vincent Lindon a déjà une belle carrière derrière lui puisqu’il a joué dans 45 films depuis 1982. À près de 50 ans (il est né le 15 juillet 1959), cet acteur hors du commun ne cesse de nous surprendre.
Vincent Lindon a grandi dans un milieu littéraire puisque son père n’est autre que le fondateur des Editions de Minuit. Passionné par le cinéma, il s’installe à l’âge de 20 ans à New York où il suit des études ainsi qu’à Boston tout en jouant de la musique pour gagner sa vie. Deux ans plus tard, de retour en France, il est engagé en tant que régisseur pour les tournées de
Coluche avant de passer rapidement par la rédaction du journal « Le Matin ». Il débute au cinéma en 1982 dans « Salut j’arrive » en tant que figurant avant d’être révélé dans le film de Paul Boujenah « Le Faucon ». Très vite, il enchaîne dans des productions étrangères ou dans des téléfilms. On le retrouve ensuite dans « L’Addition », « Notre histoire », « Parole de flic » jusqu’au célèbre « 37°2 le matin » de Beineix en 1985 où il joue le rôle d’un flic. Après « Prunelle blues », le voilà dans « Escort girl » en 1986 où il est séducteur face à Sigourney Weaver. Suivront « Suivez mon regard », « Dernier été à Tanger », « Yiddish connection ». C’est surtout en 1987 qu’il va marquer les esprits dans le film de Claude Sautet « Quelques jours avec moi » dans lequel il interprète un homme si jaloux qu’il finira par commettre un meurtre. Suivront « un homme amoureux » de Diane Kurys, « L’Etudiante » de Claude Pinoteau où il est tête d’affiche aux côtés de Sophie Marceau et Lelouch va l’employer dans « Il y a des jours et des lunes » en 1989. Zonard dans « Gaspard et Robinson », il va vraiment obtenir la consécration grâce à « La crise » de Coline Serreau en 1992.
Vincent Lindon va alors enchaîner les rôles en jouant par exemple les comiques décalés dans « Tout ça pour ça » de Lelouch en 1992 ou en jouant des rôles plus sombres comme dans « La Haine » de
Kassovitz en 1995 et plus dramatiques dans « Fred » de Pierre Jolivet, un routier pris dans une violence qui le dépasse. Drôle encore avec son épouse Sandrine Kiberlain dans « Le septième ciel » ou dans « Paparazzi » aux côtés de
Patrick Timsit. Grande prestation également dans « Pas de scandale » face à un
Fabrice Luchini déjanté. Un nouveau grand succès populaire l’attend avec « Ma petite entreprise » en 1999 ainsi que le retour à la comédie avec Pascal Thomas dans « Mercredi, folle journée ! » où il interprète un père divorcé dépassé par sa progéniture aux côtés de l’excellente Catherine Frot qu’il va retrouver dans « Chaos » de son amie Coline Serreau. Il va aussi retrouver Pierre Jolivet dans « Le frère du guerrier » en 2002 où il joue un mercenaire du XIIIe siècle. Une première ensuite avec « Vendredi soir » de Claire Denis avec
Valérie Lemercier. Suivront « Filles uniques » de son copain Jolivet, « le coût de la vie » et « Les clés de la bagnole » de Laurent Baffie. S’ensuit l’étonnant film d’Etienne Chatiliez, toujours déroutant « La confiance règne » puis « La moustache » de Carrère, la comédie « Selon Charlie » de Nicole Garcia et enfin « Je crois que je l’aime » de Pierre Jolivet en 2007.
Bref, Vincent Lindon est désormais dans la cour des grands et dans « Welcome », il est tout simplement époustouflant ! Un film qui fait l’unanimité chez les critiques mais qui fait aussi polémique. Il est pourtant cher à l’acteur pour son côté romanesque mais aussi pour son côté d’actualité dans le rôle d’un anonyme qui tente de faire bouger les choses après avoir, comme beaucoup, baisser les yeux sur une situation dramatique. Le film fait polémique actuellement avec notamment l’avis d’Eric
Besson, ministre de l’immigration et de l’identité nationale sur une comparaison émise par le réalisateur avec la chasse des Juifs durant la
Seconde Guerre mondiale. Mais ce film retrace des faits qui se déroulent pourtant bien avec des mises en examen de personnes qui ne font qu’aider un peu les personnes en situation irrégulière (elles sont passibles de cinq ans de prison, de gardes à vue pour recharger des téléphones portables, etc.). Son avis ? « On a le doit dans la vie de faire des comparaisons avec ce qu’on veut » (interview sur LCI).