Leila Ben Ali : La Régente de Carthage
Zine El Abidine Ben Ali a été réélu dimanche Président de Tunisie à l’âge de 73 ans avec 89,62 % des voix. Il va donc entamer son 5me mandat de 5 ans depuis son arrivée au pouvoir il y a 22 ans. Cette élection représente, pour le ministre de l’intérieur Rafik Haj Kacem, « une adhésion massive des Tunisiens aux choix du Président Ben Ali et à son programme et leur cohésion autour de sa personne ». Il aussi voulu faire taire les opposants en déclarant : « Aucune plainte n’a été enregistrée au sujet du vote qui s’est déroulé dans des conditions normales et dans la transparence »… Evidemment, avec un tel score, on pourrait en douter… Quoique cette fois, le pourcentage des voix soit descendu sous la barre des 90 % pour la première fois !
On votait aussi pour les législatives en Tunisie et sans surprise là non plus, le parti présidentiel a obtenu 75 % des sièges soit le nombre maximum qu’autorise le code électoral, soit 161 sièges de députés sur 214, les autres ayant été obtenus par les sept partis de l’opposition. Par contre, deux partis d’opposition avaient été écartés : le Forum démocratique pour le travail et les libertés et le PDP… Bien évidemment le ministre de l’Intérieur a déclaré : « Tous les pays ne tolèrent pas que quelqu’un porte atteinte à son propre pays délibérément et de mauvaise fois et le laisser faire à sa guise. Ce sont des pratiques qui ne sont pas admises dans notre société »… D’ailleurs, selon Ben Ali, l’opposition touche une « minorité infime de Tunisiens qui dénigrent leur pays en s’appuyant sur des parties étrangères »…
La Tunisie semble être donc bien mal en point car si le Président Ben Ali tient tous les pouvoirs politiques, son épouse Leila Ben Ali tient elle, les rênes du pouvoir économique. C’est ce qu’explique à 20 Minutes, Catherine Graciet dans son ouvrage co-écrit avec Nicolas Beau : « La Régente de Carthage. Main basse sur la Tunisie ». En effet, l’on peut lire dans cet entretien : « Ben Ali, ex-général et policier, gère tout ce qui est du domaine sécuritaire et diplomatique. Leila Trabelsi est, elle, très puissante dans l’économie ». On y apprend que Leila Ben Ali défend son clan depuis son mariage en 1992 en plaçant des hommes de sa famille ici ou là à des postes très élevés. Il s’agirait presque d’une situation mafieuse avec les chefs d’entreprise qui doivent verser des bakchich au clan « dès qu’un business dépasse les 15 000 euros »… De fait, le nom des Trabelsi est « honni » par le peuple et la grande bourgeoisie.
Chez les Tunisiens, « il y a une ambiance de ras-le-bol ». « Ils sont passifs et défaitistes » tandis que les ONG pointent du doigt une régression dans le domaine des libertés…
Qu’en sera-t-il après la mort de Ben Ali ? Leila Ben Ali pourrait bien placer des hommes de son clan dans la sphère politique et de fait, elle aurait ainsi la main-mise sur toute la Tunisie…

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