Tout l’hôpital public était dans la rue mardi pour protester contre la
loi Bachelot. À Paris, ils étaient 18 000 selon les organisateurs et 8 000 selon la police. Ils étaient tous là : aides-soignants,
infirmiers, internes,
médecins hospitaliers, syndicalistes des professions de santé, chefs de service mais aussi des grands noms de la médecine. D’aucuns, malgré leur grande carrière, manifestaient pour la première fois. Le cortège a aussi rencontré celui des enseignants-chercheurs, venus en nombre eux aussi pour protester contre la réforme des universités. Tous les hôpitaux parisiens étaient représentés mais aussi ceux de grandes villes comme Lyon, Marseille ou Poitiers. Les personnels de l’hôpital public trouvent la philosophie de la loi Bachelot absurde et ils craignent deux hiérarchies médicales avec des patrons d’établissement qui seraient des gestionnaires et des hommes d’affaires et qui pourraient faire obstruction à l’intérêt même des patients. Le professeur Philippe Hubert de l’hôpital Necker qui était dans le cortège prit la parole pour dire « On en a marre d’être méprisés et taxés de mandarins »… C’est dire si la contestation est forte contre cette loi ! Le chirurgien Laurent Lantiéri qui a réussi récemment la première greffe simultanée du visage et des mains s’exprimait aussi : « Les Américains viennent voir comment nos hôpitaux sont capables de réaliser de telles choses… Et dire que l’on n’a pas eu le moindre soutien de notre administration ! ». D’autres évoquaient des « Etats généraux de l’hôpital »… Tous, ils étaient tous là !
Avant que le débat ne reprenne au Sénat, ils veulent se faire entendre. Selon eux, Roselyne Bachelot veut faire appliquer à l’hôpital public les mêmes règles de gestion qu’à l’hôpital privé… Mais les cliniques privées, pour des cas très graves, envoient les patients dans les hôpitaux publics car elles ne savent pas les prendre en charge. En outre, pour gérer au mieux leur budget, elles se débarrassent aussi des cas qui demandent des soins onéreux comme la gériatrie par exemple qui n’est pas « rentable »…. Quid alors de ces patients si on exige de l’hôpital public qu’il fasse la même politique de gestion que celle des cliniques privées ?
Alors que Roselyne Bachelot ne répond pas aux revendications, se cantonnant à sa loi, il est fort probable qu’elle devra revoir sa copie devant le mécontentement général. Ainsi,
Matignon a organisé « une réunion de responsables de la majorité pour apporter des modifications à la loi ». Quant au Sénat, les sénateurs ont déjà prévenu « Nous allons apporter des modifications, à la fois en termes de gouvernance pour permettre aux médecins d’y être associés, mais également sur la part dans les établissements privés, d’actes qui devraient être accomplis sur la base des prix publics » selon Henri de Raincourt, chef des sénateurs UMP… En effet, pourquoi les cliniques privées devraient-elles facturer davantage pour les mêmes soins ou les mêmes interventions ?
En outre, ne faudrait-il pas mieux vérifier et contrôler les actes facturés par les cliniques privées qui s’arrangent, parfois, pour entreprendre des examens inutiles pour arrondir leurs recettes ? Là, les économies seraient certainement substantielles pour la sécurité sociale…
Quoi qu’il en soit, les participants à ce mouvement n’entendent pas s’arrêter avant d’avoir eu satisfaction…