À des milliers de kilomètres de Paris, la Guadeloupe et la Martinique, deux îles qui semblent paradisiaques, ne sont pas aussi bien traitées que des départements « normaux » de métropole… Explications… Certes, on envie les Martiniquais et les Guadeloupéens de vivre au soleil avec des paysages paradisiaques. Mais les paysages de carte postale ne sont pas la réalité, tout au moins économique.
L’économie de la Guadeloupe est fortement déficitaire avec un fort taux de chômage et une part belle laissée aux importations, notamment d’énergie, d’autant plus que l’agriculture (canne à sucre, banane, melon, avocat, ananas, etc.) ne subsiste que grâce à des subventions de l’Etat et des collectivités. Seul, le tourisme tire encore son épingle du jeu car il n’existe plus guère d’autres industries notamment dans le secteur alimentaire car la canne à sucre et la banane sont des secteurs en crise. Même les cultures fruitières et maraîchères n’arrivent plus à couvrir les besoins de la population, soit environ 453 000 Guadeloupéens et l’île doit désormais importer plus de 10 000 tonnes de fruits et légumes. Le constat est d’autant plus sombre que depuis le XVIe siècle, l’île a énormément perdu de son patrimoine naturel à cause de la chasse, de la pêche, du recul de la forêt et de l’urbanisation, les cultures vivrières ayant remplacé la forêt tropicale et étant source d’importantes pollutions à cause de distilleries mal traitées. Résultat, l’agriculture a épuisé les sols avec des importations de pesticides et d’insecticides. Désormais, les sols semblent être pollués ainsi que les écosystèmes et le réseau d’eau potable est touché. Les récifs ont été dégradés à hauteur de 50 % ainsi que l’espace marin, sauf en quelques endroits propices au tourisme. Or, le tourisme, en ces temps de crise, est en chute libre.
Alors que la Guadeloupe est en proie à des grèves et à des mouvements sociaux depuis le 20 janvier, le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, Yves Jégo ne s’était pas précipité sur place pour calmer les esprits. Il s’y est décidé tout récemment en promettant de rester jusqu’à ce que des accords soient réellement intervenus notamment avec Total, le fournisseur de pétrole de l’île mais aussi les entreprises de grande distribution. Alors qu’un pré-accord portant sur une augmentation des salaires était toujours en cours, Yves Jégo est parti, sans tambour ni trompettes à la stupéfaction des insulaires hier soir. Aujourd’hui, c’est un sentiment d’incompréhension et de colère qui domine en Guadeloupe. Il doit arriver ce matin à Paris où il doit faire arbitrer par le Premier Ministre, le pré-accord sur une augmentation des salaires conclu entre le patronat, les collectivités locales et le comité LKP.
Ces mesures devraient représenter un coût de 108 millions d’euros pour le patronat, coût qui devrait être compensé par des exonérations de charges. Il faudra bien sûr ajouter les coûts pour la Martinique qui elle aussi est en grève depuis jeudi ainsi que pour la Guyane qui se prépare aussi à la grève générale, sans oublier La Réunion. En bref, il faudrait que ces quatre départements bénéficient des mêmes dispositifs soit un total de 500 millions d’euros. Ce pré-accord prévoit une hausse de 200 euros de salaire pour ceux qui perçoivent jusqu’à 1,6 fois le Smic, soit environ 45 000 salariés. Pour les salaires supérieurs, les augmentations devraient être au cœur de négociations par entreprise et par branches.
Ce départ, sans aucune véritable explication, a été interprété comme « une rupture unilatérale des négociations en cours » selon Victorin Lurel, Président PS du Conseil régional de Guadeloupe. De fait, le LKP a décidé de continuer la grève générale. La population parle « d’affront » et de « manque de respect ».
Yves Jégo a affirmé : « Il n’y a aucune raison de s’affoler ». Il s’est montré surpris alors que selon lui, il prenait un avion pour aller chercher des solutions à Paris. « Je le promets, je reviens le plus vite possible ».
Reste que les DOM-TOM s’embrasent les uns après les autres et en métropole, quelques questions se font déjà jour ici ou là : pourquoi pas une augmentation de 200 euros pour tous les salariés français ? Pourquoi deux poids, deux mesures puisque personne n’explique vraiment aux Français ce qui se passe dans nos départements d’outre-mer ?