Eric Naulleau, qui disparaissait chez
Ruquier en endossant le costume de Michel Polac qui semblait trop grand pour lui, s’est fait peu à peu un nom, non pas grâce à la littérature, mais pour ses polémiques et ses prises de position à l’emporte-pièce, reléguant peu à peu au second rôle Eric Zemmour, le journaliste politique… Physiquement d’abord, le duo semble bien fonctionner, avec une petite fouine énervée aux positions bonapartistes et anti-féministes d’un autre temps, et un nounours poilu mettant sur le grill des auteurs.
Eric Naulleau, né en Allemagne le 11 mars 1961 à Baden-Baden (pour certains écrivains reconnus comme le très fin Jean d’Ormesson, il a donc encore « du lait au bout de son nez »), suit des études à Saint-Cloud et l’un de ses copains n’est autre qu’Yves Calvi, journaliste bien connu sur France 5. Il suit des études de lettres à Nanterre et obtient un DEA avec un mémoire intitulé « Poétique des ruines chez quelques auteurs méconnus du XXe siècle ». Lors d’un séjour en Bulgarie dans les années 1980, il fait connaissance de son épouse Veronika, découvre la littérature balkanique et traduit avec elle, quatre livres en Français. En France, il affiche ses couleurs politiques puisque Eric Naulleau est assistant parlementaire d’un sénateur PS du Val-d’Oise avant de créer sa maison d’édition en 1993, « L’Esprit des Péninsules » spécialisée dans ce genre d’ouvrages ce qui lui vaudra le prix de la traduction de l’
Unesco. À part être traducteur, Eric Naulleau est pamphlétaire et avec Pierre Jourde, il écrit une parodie du célèbre manuel de littérature « Lagarde et Michard » qui faisait les belles heures de tous les cours de Français. Son manuel se nomme « Le Jourde & Naulleau, précis de littérature du XXIe siècle » qui fait preuve d’un esprit « Je sais tout » assez dérangeant. Son livre « Au Secours, Houellebecq revient ! » va aussi faire polémique sur un auteur, reconnu et controversé, dont certains disent qu’il est le meilleur auteur contemporain français (et que j’ai pour ma part apprécié dans « Les Particules élémentaires » ou dans « Extension du domaine de la lutte »)… Ses propres ouvrages « Petit Déjeuner chez Tyrannie », « Pourquoi le football » ou « La Situation des esprits » ne feront pas mouche et c’est sans doute pour cela que Eric Naulleau va prendre le parti de devenir chroniqueur et critique littéraire… Il est vrai qu’il est plus difficile de critiquer que d’écrire soi-même ! Il va multiplier les émissions sur Paris Première,
France Inter, TPS Star, Arrêt sur images, jusqu’à trouver enfin la « notoriété » grâce à Laurent Ruquier. Il est aussi à la tête de la maison d’édition « Balland ».
Il affirme : « Je défends des textes que j’aime et pourfends les fausses valeurs. Mais les écrivains d’aujourd’hui sont tellement habitués à la promotion qu’ils ne supportent plus la moindre critique ». C’est vrai en un sens. C’est surtout vrai quand des « people » viennent présenter un livre qu’ils n’ont jamais écrit mais on aimerait alors que Naulleau le dise haut et fort au lieu d’être dans ses petits souliers quand il s’agit d’une personnalité connue et reconnue ! Stéphane Audran a-t-elle écrit son livre ? Et pourquoi si peu de critiques virulentes ? Parce qu’elle était connue ? Parce qu’elle est âgée ? Pourquoi tant de hargne envers Lalanne qui lui, a écrit son livre, que l’on soit d’accord avec ses positions ou pas ? Entre ces deux-là, il fallait bien que le clash se produise !
Cela dit, Naulleau a raison quand il évoque les prix littéraires et la grande magouille entre les maisons d’édition qui se disputent ou s’arrangent les prix… Cela ne lui donne pas le droit de faire des petits compliments à des nuls et d’insulter des personnes qui écrivent, différemment de lui peut-être, mais qui savent ce que les mots veulent dire dans la musique et dans le sens.
Il y en a un qui est content, c’est le petit malin Laurent Ruquier, qui en réunissant ces deux chroniqueurs, les a promus au rang magique de « vedettes des marionnettes de
Canal + »… Bien triste récompense en vérité ! Triste récompense dont Naulleau se congratule d’ailleurs !... Une récompense basée sur le buzz et le scandale plutôt que sur le talent mais ça, c’est du second degré qu’Eric Naulleau a sans doute oublié…