L’affaire des faux électeurs de la mairie du Vme arrondissement est connue maintenant. Selon
le Canard Enchaîné qui l’avait révélée, elle aurait débuté en 1977. Dans ce dossier, il est évoqué deux réunions, l’une en 1994 et l’autre en 1997. Les instigateurs s’étaient retrouvés dans le bureau des élections afin de commettre des fraudes. Il s’agissait tout simplement d’enlever les cartes électorales portant la mention « NPAI » (N’habite pas à l’adresse indiquée) et de les remplacer par des vraies concernant donc des électeurs ayant déménagé, de fait, il s’agissait d’électeurs fictifs. Plusieurs personnes étaient présentes pour s’occuper de cette fraude mais il est bien difficile de savoir qui exactement car les personnes accusées soit affirment, soit refusent de donner des noms, ceux de Jean et Xavière Tiberi.
Qui a fait quoi ? Qui était là ? Qui a donné les instructions ? Qui était au courant ? Il est difficile de répondre à ces questions mais l’étau se resserre autour des époux Tiberi. Pour la première fois, le couple a été confronté aux neufs autres prévenus dans le dossier, neuf personnes fidèles qui commencent peu à peu à se désolidariser… Ce qui met en colère Xavière : « … Après tout ce que Jean a fait pour eux ! » a-t-elle dit face aux caméras !... Car d’après ces anciens collaborateurs, c’est bien Jean Tiberi qui aurait donné les instructions pour organiser l’inscription des faux électeurs. Pourtant, Jean Tiberi nie tout : « Jamais, jamais je n’ai participé à cela. Ce qu’ils disent ce sont des contre-vérités… Il n’y a aucune preuve que j’ai donné des instructions ». Cependant, pour la première fois, il doit bien admettre, face aux preuves, l’existence d’une fraude électorale mais avec aplomb il affirme : « j’en fais aujourd’hui le constat » alors qu’il avait toujours nié auparavant l’existence même de cette fraude. Sur la question des responsabilités, il répond : « Je me garderai bien d’une appréciation, je le répète, je n’ai jamais participé à quoi que ce soit ». Quant à Raymond Nentien, ancien secrétaire général de la mairie du Ve, il avoue à la barre : « Tiberi est l’organisateur et l’initiateur de ce système de fraude depuis vingt ans… Tout cela a été fait sur son ordre évidemment ».
La première adjointe, Anne-Marie Affret, est dans une drôle de position. En effet, elle assume ses responsabilités mais refuse d’en dire davantage et d’impliquer en les nommant ses « patrons ». Elle a même ajouté : « J’en ai marre, je n’ai pas le droit de me taire. Mais là, je vais m’arrêter là… ». Devant les caméras, elle dira qu’elle n’en sait pas plus et qu’elle n’est pas « une balance ». Quant à Olivier Favre, qui est l’ancien chef du bureau des élections, il change de déclaration en affirmant que Jean Tiberi n’était sur place que lors de la réunion d’avril 1997, soit le jour de la révélation du Canard Enchaîné…
Avec dédain et un aplomb incroyable, Jean Tiberi lance : « Olivier Favre n’a été témoin de rien. Dans cette histoire, c’était parole contre parole, celle d’un exécutant de catégorie C contre un élu »… Une parole d’élu est-elle supérieure à celle d’un fonctionnaire ??? Et quand Raymond Nentien fait référence à son honneur d’élu, Tiberi lui rétorque, méprisant : « C’est votre honneur à vous. Je n’ai pas de leçons à recevoir de vous ».
Quant à Xavière Tiberi, elle est du même niveau que son époux : « Ce sont des lâches qui s’acharnent sur moi. Je préfère sortir, fumer une cigarette (…) Mon mari leur a tout donné. Ils n’avaient rien… Ils méritaient d’être seulement plantons à la mairie du Ve… Devant tant de mensonges de personnes qui doivent tout à Tiberi, je me dis tant pis pour lui. » Elle ajoute : « si les fonctionnaires écoutent, ils sont bien bêtes car elle n’est pas élue, n’a pas d’ordre à donner et n’en donne pas »…
Alors pour l’instant, les époux Tiberi nient toute implication et le tribunal a encore quelques semaines avant de se prononcer.
Cette affaire a été ouverte en 1997 et avait menacé
Jacques Chirac alors qu’il était à l’Elysée. Jean Tiberi, maire jusqu’en 2001, est désormais en fin de carrière et il pourra toujours faire appel même s’il est coupable et inéligible. Il risque un an de prison et 15 000 euros d’amendes.