Si l’on en croit le discours de
Nicolas Sarkozy lors du congrès de Versailles hier, il réfléchirait à lancer un emprunt auprès des Français. Le montant n’est pas connu pour le moment. Ce n’est pas la première fois qu’un emprunt d’Etat est lancé auprès de la population et dernièrement
EDF a fait de même pour que les Français aident l’entreprise d’électricité dans ses investissements. Dans le passé, l’Etat avait lancé un grand emprunt pour reconstruire le pays en 1958, c’est ce que l’on nomme « la rente Pinay » et le Président Valéry Giscard d’Estaing avait fait de même en 1973 pour faire face au choc pétrolier. Raymond Barre avait eu aussi recours à l’emprunt populaire en 1977 pour aider les victimes de la sécheresse tandis que le Premier Ministre Balladur avait aussi décidé de faire confiance aux Français en 1993 pour « envoyer un message de solidarité nationale ». Dans son discours d’hier, Nicolas Sarkozy a spécifié qu’il fallait voir l’avenir et entreprendre des investissements à long terme et non pas, recourir à l’emprunt pour colmater les brèches des finances publiques. Et il a bien insisté sur ce point. Force est de constater que les déficits se creusent et que la dette s’envole, ce qui ne pourra que peser sur les générations futures. Alors cet emprunt ? Va-t-il servir vraiment à des investissements ou sera-t-il destiné à financer les déficits de l’Etat ? Car pour financer ces déficits, la France emprunte déjà sur les marchés grâce à des obligations souscrites auprès d’investisseurs institutionnels (obligations sur 2, 5, 10 ou 30 ans) via l’Agence France Trésor. En 2009, l’AFT s’est endettée pour 155 milliards d’euros… Cependant, il faudrait peut-être trouver de l’argent ailleurs car les investisseurs institutionnels risquent de se fatiguer… Donc, les Français, grands épargnants devant l’Eternel, sont plébiscités ces derniers temps comme on l’a vu avec EDF… L’Etat veut faire de même. Seulement pour attirer les Français, l’Etat français doit présenter des conditions de rémunération de cet emprunt attractives. Il doit aussi lui présenter un plan fiable des dépenses envisagées pour qui et pourquoi ? Car s’il s’agit de résorber les déficits, les Français auront tout le loisir de dire au Chef de l’Etat de déjà bien balayer devant sa porte en renonçant à un avion présidentiel ou en diminuant les frais de l’Elysée et du fonctionnement des institutions (salaires des députés et sénateurs revus à la baisse par exemple), fin des garden-parties coûteuses ou du concert de Johnny devant la tour Eiffel pour 1 million d’euro, etc… Sans oublier les promesses soit par exemple la réglementation des hauts salaires pour les dirigeants d’entreprises… « Il n’y a pas de petites économies » disent sagement les Français, d’autant plus qu’en prêtant de l’argent, ils augmenteront la dette de l’Etat et ils devront eux-mêmes contribuer à son remboursement… Ben oui ! Les Français, s’ils épargnent, c’est qu’ils gèrent en bon père de famille et qu’ils ne dépensent pas l’argent par les fenêtres !!! Donc, de fait, Nicolas Sarkozy pense peut-être que le public devrait contribuer à l’effort de crise, comme s’ils n’y participaient pas déjà assez comme ça ! L’objectif du Chef de l’Etat est de ne pas augmenter les impôts et de ne pas faire de politique d’austérité mais les épargnants, dans leur grande majorité, ont un livret A, un Codevi ou une Assurance-Vie, pour prévoir justement ce que l’Etat ne prévoit plus… Soit leur avenir et leurs retraites dont on a annoncé qu’elles seraient revues…
Avec cette annonce, Nicolas Sarkozy joue gros car beaucoup de Français réclament la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires en période de chômage et la remise en cause du bouclier fiscal qui coûte des milliards par an à l’Etat… Il s’avère que les emprunts directs auprès de la population sont une sorte de test en politique qui s’apparente à un référendum et de plus, il faudrait un taux rémunérateur et plus attractif que celui du marché pour attirer les petits épargnants. Or, c’est chez eux que se trouve la manne convoitée… Pas sûr qu’ils adhèrent à cet emprunt qui creuserait encore plus la dette et les déficits !

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