Le cas d’Eluana Englaro a déchaîné les passions en Italie entre les personnes pour l’euthanasie et les autres contre l’euthanasie. Plus encore, il a entraîné une mini-crise constitutionnelle.
Eluana Englaro est née en 1970 à Lecco en Lombardie. Un terrible accident de voiture le 19 janvier 1992 la laissa dans un état végétatif alors qu’elle n’avait que 21 ans. Cinq ans plus tard, alors qu’il n’y a plus aucun espoir selon les médecins, son père finit par entreprendre des actions pour couper le système d’alimentation artificielle afin de libérer sa fille. Ainsi, il va déclarer qu’Eluana « aurait exprimé le désir de mourir, si elle devait dans le coma ». Cette première requête est refusée par la justice italienne en 1999 puis en 2005 mais son père ne se laisse pas décourager et continue ses démarches. Ainsi, la requête est finalement reconnue par la
Cour de Cassation de Milan en octobre 2007, la Cour de Cassation se basant sur la Constitution italienne.
En 2008, la controverse enfle. Le Vatican refuse fermement cette décision et la communauté scientifique s’oppose au Vatican. De nombreuses manifestations, pour et contre la coupure d’alimentation, se déroulent en Italie. En juillet 2008, le procureur de Milan fait un recours contre la décision de la Cour de Cassation mais avec effet suspensif, ce qui interdit l’application de la décision et donc l’arrêt des soins par ordre administratif. La famille poursuit ses demandes et en janvier 2009, le tribunal administratif de Milan annule l’ordre administratif.
Entre-temps, Eluana Englaro est transférée le mardi 3 février à la clinique « la Quiete » d’Udine, établissement qui s’était déclaré prêt à accueillir la jeune femme pour l’aider à s’éteindre. Durant trois jours, les médecins vont procéder à toutes les vérifications notamment neurologiques et vont ensuite suspendre son alimentation artificielle qui la maintenait en vie malgré les pressions du Vativan, du président de l’Ordre des médecins et du gouvernement Berlusconi ainsi que des responsables politiques régionaux. Quelques manifestations publiques auront lieu de façon minoritaire, 61 % des personnes interrogées lors d’un sondage se disant pour l’arrêt du traitement.
Silvio Berlusconi, prend alors un décret-loi en conseil des ministres sans l’aval du Parlement ni même du gouvernement. Le Président Giorgio Napolitano refuse de signer ce décret, le jugeant anticonstitutionnel. Le Sénat est donc saisi en urgence d’un projet de loi, Berlusconi comparant la Constitution à « une constitution soviétique ».
Finalement, on apprend le décès d’Eluana Englaro le 9 février après 17 ans de coma végétatif maintenu artificiellement. L’annonce du décès d’Eluana Englaro a été faite dans la soirée au Sénat alors que les sénateurs étaient convoqués en urgence afin d’adopter un texte établi pour empêcher de laisser mourir Eluana Englaro.
Cette affaire a provoqué, on le voit, une mini-crise institutionnelle après des années de bataille judiciaire. Silvio Berlusconi a tenté de bloquer jusqu’au bout ce qu’il avait nommé « un crime ». À cette occasion, Berlusconi a défié le Président mais aussi la magistrature.
Le père d’Eluana, Giuseppe Englaro, qui s’est tant battu pour délivrer sa fille depuis des années, n’a fait aucun commentaire. Hier, les dirigeants de la majorité Berlusconienne, ont déclaré qu’ils voulaient poursuivre l’examen du texte car pour eux, « Eluana n’est pas morte, elle a été tuée ».
En France, deux affaires avaient défrayé la chronique, celles de Vincent Humbert et de Chantal Sébire mais dans les deux cas, il s’agissait d’euthanasie active et non d’euthanasie passive. De nombreux médecins ont d’ailleurs avoué avoir procédé à des euthanasies malgré la loi qui ne l’autorise toujours pas en France. D’autres pays l’autorisent et l’accompagnent comme les Pays-Bas.
Le cas d’Eluana Englaro et la grande polémique qui s’en est suivie pose le problème de l’euthanasie dans un pays encore très fortement influencé par la doctrine catholique.