Le procès en appel d’Yvan Colonna devant la cour d’assises spéciale de Paris est ouvert ce lundi. Il faudra cinq semaines pour avoir une décision. En effet, Yvan Colonna avait été condamné fin 2007 à la prison à vie avant de faire appel. On l’accuse d’avoir assassiné le Préfet de Corse, Claude Erignac, le 6 février 1998 à Ajaccio. Dix ans après les faits, les Français ne savent plus vraiment qui est Yvan Colonna… Petit rappel…
Yvan Colonna est né le 7 avril 1960 à Ajaccio. Il est le fils du Corse Jean-Hugues Colonna, ancien député socialiste des Alpes-Maritimes et de Cécile Riou, bretonne. En effet, alors qu’il a 15 ans, la famille d’Yvan Colonna s’installe à Nice où son père, enseignant en EPS, a été muté. Yvan Colonna est bon élève, il obtient son bac D (sciences de la vie et de la terre aujourd’hui) et se destine, comme son père, à une fonction de prof d’éducation physique et sportive. Il entame des études mais les laisse tomber en 1981 pour retourner en Corse. Il s’installe à Cargèse, la ville natale de son père, et aime à élever des chèvres et des moutons. Amoureux de son île, il va militer dans des mouvements nationalistes proches du FLNC, Front de libération national de la Corse. Ce mouvement est considéré comme extrémiste et nationaliste et il opère de manière clandestine et armée pour réclamer l’indépendance de la Corse. A l’époque, Yvan Colonna est soupçonné d’attentats sans que jamais sa participation ne soit démontrée. Plus tard, dans les années 1990, le FLNC éclate et trois mouvements en éclosent : le Canal Historique, le Canal Habituel et Resistenza et à l’époque, Yvan Colonna semble prendre du recul par rapport au mouvement nationaliste corse soit le Canal Historique. En 1997, une gendarmerie en Corse-du-Sud à Pietrosella est attaquée. Les braqueurs y subtilisent une arme. Yvan Colonna est interpellé dans le cadre d’une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste.
Puis le Préfet de Corse, Claude Erignac, est assassiné le 6 février 1998 à 21 h 05 à Ajaccio. Il est mort abattu de trois balles dans la nuque à bout portant. Le Beretta subtilisé à Pietrosella, est trouvé sur les lieux du crime. L’enquête va un peu s’égarer sur différentes pistes bien que Didier Maranelli, Pierre Alessandri, Marcel Istria et Alain Ferrandi aient été arrêtés le 22 mai 1999. Didier Maranelli va livrer des noms dont celui d’Yvan Colonna, comme étant le tueur du Préfet Erignac. Yvan Colonna va prendre la fuite. L’année précédente, le Préfet Bonnet (incarcéré suite à l’affaire des Paillottes) va citer le nom d’Alain Ferrandi.
Dénoncé par des nationalistes co-accusés mais sans aucune preuve tangible, ces nationalistes revenant sur leurs dires au bout de 18 mois, Yvan Colonna, en fuite depuis mai 1999, va être arrêté près d’Olmeto le 4 juillet 2003, ce qui sera l’occasion pour le Ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy de déclarer à la presse : « L’assassin du Préfet Erignac est arrêté », dépassant ainsi ses fonctions et passant outre la présomption d’innocence ce qui va entraîner de nombreuses réactions notamment de la Ligue française des Droits de l’Homme. La cour d’assises de Paris condamne Yvan Colonna le 13 décembre 2007 à la réclusion criminelle à perpétuité. Maître Antoine Sollocaro, son avocat, évoque alors l’erreur judiciaire en affirmant que le dossier est vide de toutes preuves. Un appel est lancé.
Yvan Colonna comparaît donc devant la Cour spéciale d’assises de Paris en ayant toujours clamé son innocence. Cette cour d’assises est uniquement composée de magistrats, sans aucun jury populaire puisqu’il s’agit d’affaires de terrorisme. Ce procès qui doit durer cinq semaines sera attentivement suivi par la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme qui veut s’assurer du droit à un procès équitable.
Quant à la veuve du Préfet assassiné, Dominique Erignac, elle attend que « Monsieur Colonna dise la vérité, qu’il reconnaisse sa culpabilité qui, pour moi, ne fait aucun doute ».