L'ancien porte-avions français Le Clemenceau va finir ses jours et être démantelé au chantier naval d'Hartlepool, au nord-est de l’Angleterre.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’état-major général désire accroître son indépendance maritime avec la construction de nouveaux porte-avions en 1949. Le chiffre passera de quatre, à six mais finalement en 1953, la Marine doit se contenter de trois porte-avions. La construction du PA 54 Clemenceau est votée cette même année et il est mis sur cale en novembre 1955 à l’Arsenal de
Brest (le Foch sera mis sur cale en février 1957). Il s’agissait de permettre ainsi une aviation d’assaut mais aussi d’interception et de reconnaissance ainsi qu’une surveillance anti-sous-marine. La construction du Clemenceau dura deux ans puisqu’il fut mis à l’eau le 21 décembre 1957, les premiers essais en mer eurent lieu le 23 novembre 1959. Il appareilla ensuite pour Toulon qui devint son port d’attache. Le Clemenceau fut ainsi le 6me porte-avions français mais le 2me construit en France après « Le Béarn ».
Ce navire, fleuron de la marine française, mesurait 265 m sur 51,20 m et il était haut de 7,50 m pour un poids pleine charge de 32 500 tonnes ! Son équipage comprenait 1 338 hommes dont 64 officiers (1 920 avec le groupe aérien)… Autant dire que c’était véritablement une petite ville flottante ! Il comprenait 8 tourelles, 5 mitrailleuses, de nombreux radars et détecteurs de radars. Il pouvait accueillir 15 super Etendard, 4 Etendards, 8 Crusaders, 8 Alizés, 2 hélicoptères Dauphin, 2 hélicoptères Super Frelon et le pont d’envol mesurait 259 m de long pour une surface de 8 800 m2. Un hangar de 3 300 m2, deux ascenseurs d’une capacité de 15 tonnes, deux catapultes à vapeur, une grue de 15 tonnes, un miroir optique, etc. complétaient son équipement. Pour propulser une telle masse, il fallait au Clemenceau 6 chaudières, 4 turbines à vapeur pour une puissance de 126 000 cv et une vitesse maximale de 32 nœuds.
Durant sa carrière, Le Clemenceau parcoura plus d’un million de milles nautiques soit 48 fois le tour du monde en 3 125 jours de mer souvent aux côtés du Foch. Il a ainsi participé à toutes les opérations navales de la France depuis le 29 janvier 1962 dans tous les océans et toutes les mers. Lors de sa carrière, il a subi de nombreux remaniements avec notamment la qualification de porte-avions nucléaire en 1978. Il cessa définitivement ses activités le 1er octobre 1997.
Depuis, Le Clemenceau a fait l’objet de nombreux scandales. Destiné à être démantelé en Espagne, il s’était dirigé vers la Turquie de manière irrégulière. La marine dut le récupérer près de l’Italie. Bourré d’amiante, personne n’en voulait. Il fut ensuite vendu en avril 2003 pour être démoli par la société allemande Eckhart Marine mais les 1 000 tonnes d’amiante ont retardé son départ pour l’Inde durant trois ans ! En effet, plusieurs associations, dont Greepeace, jugeaient son déplacement dangereux. Finalement Le Clemenceau put quitter Toulon le 31 décembre 2005 mais son voyage vers l’Inde fut mouvementé, des écologistes manifestant sans cesse. Le Clemenceau fut ensuite bloqué par les Egyptiens avant de pouvoir franchir le canal de Suez. Tout cela entraînait des coûts incroyables avec l’emploi de remorqueurs (plus de 2,5 millions d’euros)… Tout ça pour que l’Inde refuse finalement d’accueillir le porte-avions le 15 février 2006. Le Clemenceau dut être rapatrié à Brest en contournant l’Afrique. Le coût estimé de ce « voyage » fut de 4 millions d’euros ! Il retrouva donc Brest le 17 mai 2006. Comment faire alors pour le démanteler ? On évoqua l’idée de couler le vaisseau et d’en faire une île artificielle. Finalement, le gouvernement français obtint une prise en charge de la société anglaise Able Ship Recycling le 1er juillet 2008. Après encore quelques mois d’actions des associations écologistes, le Clemenceau quitta Brest le 3 février 2009 pour son voyage final. Il est enfin arrivé en Angleterre et cela prendra un an avant qu’il soit complètement démantelé et désamianté. Tous les matériaux amiantés vont être enfouis dans une décharge près du chantier.
Le coût cette fois devrait se situer pour l’Etat français entre 2,5 et 4,5 millions d’euros après la vente de la ferraille qui équivaut à environ 2,5 Tour Eiffel !