Chirac en correctionnelle
Les Français sont bizarres… Alors qu’il était Président de la République, Jacques Chirac était critiqué de tous bords et d’aucuns disaient : « Vivement que son second mandat s’arrête pour qu’il réponde de ces actes devant la Justice »… Puis soudain, Nicolas Sarkozy a pris le relais et Jacques Chirac est redevenu très populaire dans les sondages…
Ceux qui le honnissaient hier et voulaient sa tête, lui trouvent maintenant un air sympa, d’homme près du peuple, toujours prêt à serrer des poignées de main…
Reste que, puisqu’il n’est plus Président de la République, Jacques Chirac peut être poursuivi en justice désormais pour ses prétendus actes passés. Il lui est reproché « 21 supposés emplois fictifs » à l’époque où Jacques Chirac était encore maire de Paris… Le parquet, qui dépend du ministère de la Justice, avait demandé un non-lieu mais vendredi matin, Xavière Simeoni, juge d’instruction (de là l’utilité du juge d’instruction et de son indépendance…), n’a pas suivi le parquet en décidant le renvoi de Jacques Chirac devant un tribunal correctionnel. Dans son réquisitoire de non-lieu, le parquet avait estimé que des faits antérieurs à 1992 devaient être prescrits mais aussi que l’enquête n’avait pas permis de caractériser l’infraction pour les faits postérieurs.
Jacques Chirac s’est exprimé dans un communiqué et dit avoir pris « acte de cette décision, en justiciable comme les autres » mais son bureau a noté que Jacques Chirac et neuf autres personnes ont été envoyées devant le tribunal correctionnel « pour 21 supposés emplois fictifs, sur les 481 emplois examinés par la justice, ce qui exclut tout idée de système durant la période où il a été maire de Paris ». Par ailleurs, « Il est serein et décidé à établir devant le tribunal qu’aucun des emplois qui restent en débat ne constitue un emploi fictif ».
Par ailleurs, Jacques Chirac a aussi nommé récemment par Charles Pasqua dans l’affaire de l’Angolagate, Charles Pasqua ayant fait appel de sa condamnation à un an de prison ferme et ayant demandé à Nicolas Sarkozy, la levée du secret-défense.
Jean-Claude Marin, procureur qui a chargé Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream pourrait bien faire appel de la décision de la juge d’instruction Xavière Simeoni et on ne sait quels arguments il pourrait bien avancer…
Si Jacques Chirac devait être jugé, voire condamné pour des faits répréhensibles, ce serait une première dans l’histoire de la République ! Mais le fait est là, Jacques Chirac n’est plus Président de la République et est redevenu un justiciable comme les autres, accusé de « détournement de fonds publics »…
A voir toute cette affaire, on peut se réjouir que la France ait encore des juges d’instruction indépendants du parquet ! Une chose aussi dont on peut se réjouir a postériori, c'est que Jacques Chirac a été le seul Européen à ne pas s'aligner sur la politique américaine d'intervention en Irak... Mais, ça, c'est une autre histoire...