Voilà un nom qui était inconnu du monde entier il y a peu de temps encore. Depuis, cet homme de 34 ans, à l’allure d’un jeune étudiant, fait la Une de tous les journaux depuis qu’a éclaté le conflit à
Madagascar. Alors, qui est Andry Rajoelina qui est surnommé Andry TGV (pour son côté fonceur) chez les Malgaches ?
Andry Nirina Rajoelina, né en 1974 (ou 1975). Il a débuté en tant que DJ en 1994. Il organisait ainsi des soirées dansantes, des événements et des spectacles jusqu’à environ 2000. Il est aussi le créateur de l’imprimerie numérique Injet et propriétaire d’une chaîne de télévision et de radio Viva. Il décide ensuite de se lancer en politique en prétendant à être maire d’Antananarivo, capitale de l’île. Il est alors en concurrence avec Hery Rafalimanana, maire nommé par le parti présidentiel de
Marc Ravalomanana. Andry Rajoelina est élu très facilement le 12 décembre 2007 maire d’Antananarivo (63,32 % des voix) avec un taux de participation de 40 %. A cette époque, la communauté urbaine d’Antananarivo croule sous les dettes, les factures d’électricité, entre autres, n’ayant jamais été payées. Mais le programme de campagne du jeune maire est ambitieux. Il décroche ainsi un partenariat en février 2008 avec la mairie de Paris pour réaménager la place historique d’Andohalo dans la capitale. Le conflit avec le Président Ravalomanana, déjà bien sous-jacent, prend de l’ampleur avec l’interdiction de la chaîne télé Viva le 13 décembre 2008. Il faut dire qu’Andry Rajaoelina est devenu le leader de l’opposition malgache qui avait exigé le départ du Président lors de sa réélection de 2006. Cette décision d’interdiction de la chaîne TV est la conséquence d’une diffusion reprenant les propos de l’ancien président Didier Ratsiraka, réfugié en France. Ses propos avaient en effet été jugés « susceptibles de troubler l’ordre et la sécurité publique ». Toutes les chaînes de télé et de radio avaient aussi été fermées par le régime présidentiel, accusé d’abus de pouvoirs, d’omnipotence, voire d’escroquerie, le Président Ravalomanana étant un homme d’affaires très puissant et richissime. Le 17 décembre, Andry Rajoelina lançait un ultimatum pour réclamer l’ouverture de sa chaîne TV avec l’appui de membres importants de la société civile. Il décide aussi de ne pas assister aux vœux présidentiels. L’ultimatum expirait le 13 janvier et le 14, Marc Ravalomanana mettait le feu aux poudres en déclarant « Personne ne peut me lancer d’ultimatum ». De suite, le maire déclare à la presse : « Mieux vaut être haï par les rois que par le peuple ». Le 17 janvier 2009, il organise un grand rassemblement des Malgaches attachés aux principes de démocratie et de liberté et il inaugure « la place de la démocratie » devant une très forte mobilisation, entre 30 000 et 50 000 personnes d’Antananarivo mais venant aussi d’autres provinces malgaches. Son discours est l’occasion d’un grand déballage sur le régime présidentiel. Tout y passe, la télé privée du Président, les emplois fictifs à la communauté urbaine, les décisions nationales comme l’achat sans appel d’offres d’un avion présidentiel de 60 millions de dollars affecté au budget, la fortune du Président estimée à 30 millions de dollars, la location gratuite de terres arables à la société coréenne Daewoo, etc. Corruption et enrichissement personnel sont pointés du doigt. Sans se démonter, Andry Rajoelino demande la démission de deux ministres ainsi que celle du Président. Le 26 janvier, c’est une première émeute, des locaux sont ravagés par la foule puis incendiés, les magasins et usines appartenant au groupe du Président sont aussi attaqués, la chaîne présidentielle MBS est attaquée et incendiée. Les forces de l’ordre qui avaient pourtant reçu des instructions la veille, n’interviennent pas. Le 31 janvier, Andry Rajoelina s’auto-proclame en charge de la République de Madagascar sur la place du 13 Mai. Le 2 février, les commerces et les entreprises rouvrent leurs portes. Andry Rajoelina annonce qu’il lance une procédure de destitution du Président de la République. Il est destitué lui-même de ses fonctions de maire le 3 février 2009. Le 7 février, Andry Rajoelina annonce qu’il prend la tête d’une Haute Autorité de transition et nomme un Premier ministre en la personne de Roindefo Monja.
À la suite du carnage du samedi, la garde présidentielle ayant tiré sur la foule faisant au moins 28 morts et 212 blessés, la réconciliation entre les deux rivaux semblent bien compromise même si la communauté internationale multiplie les efforts pour une reprise du dialogue. Ce mercredi, Andry TGV (surnommé ainsi pour son côté fonceur) a appelé à une journée morte.