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Procès AZF : analyse d’une catastrophe


Dans : Avocat

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Le 21 septembre 2001 à 10 h 17, Toulouse est sous le choc. Une énorme explosion secoue la ville rose. La terre tremble et un souffle destructeur se fait sentir. L’explosion de l’usine chimique AZF provoque trente morts et 2 500 blessés. 30 000 logements sont atteints. Tout le sud de Toulouse n’est qu’un paysage de désolation. Avec le temps, on notera des séquelles auditives mais aussi psychologiques chez près de 20 000 personnes.

L’explosion se déroule dans le hangar 221 de l’usine Azote Fertilisant, un site chimique dénommé « l’Onia » par les habitants. Elle intervient alors que le monde est encore sous le choc du 11 septembre 2001. Difficile alors de ne pas faire l’amalgame bien que le procureur de la République de Toulouse, Michel Bréard, déclare à l’époque : « Il y a plus de 90 % de chances que ce soit un accident industriel ».

Après plus de six ans d’enquête, 70 rapports d’expertise, 1 103 témoins entendus, 2 949 plaintes déposées, le juge d’instruction et les enquêteurs concluent à une explosion due à un mélange de produits chimiques incompatibles entre eux, ce mélange étant accidentel et dû à une mauvaise manipulation d’un ouvrier. C’est tout au moins la thèse officielle.

Le procès AZF s’ouvre enfin aujourd’hui au tribunal correctionnel de Toulouse qui a dû être aménagé pour recevoir plus d’un millier de personnes qui vont défiler durant quatre mois que durera ce procès hors normes. 1 813 personnes se sont portées parties civiles. Le tribunal se tient dans la salle municipale Jean-Mermoz et un chapiteau a été érigé. Cinq juges sont présents dont deux suppléants et ils vont devoir analyser les 53 820 pages que contient le dossier d’instruction. 150 témoins vont défiler à la barre ainsi que 35 experts et une soixantaine d’avocats. Face à cette immense catastrophe industrielle, une mesure exceptionnelle pour un tribunal correctionnel a été prise : le procès sera filmé.

Du côté des accusés, l’on ne trouve qu’une seule personne physique : Serge Biechlin, l’ancien directeur de l’usine, la société Grande Paroisse du groupe Total étant elle, accusée en tant que personne morale.

À Toulouse, la thèse officielle ne fait pas l’unanimité. Quelle est-elle ? Il s’agirait donc, selon l’instruction, d’une explosion qui s’est produite dans le stock de nitrate d’ammonium déclassé et utilisé comme engrais agricole. Or, du DCCNa, un produit chloré, aurait été mélangé à environ 500 kg de nitrate d’ammonium. Ce mélange aurait ensuite été déversé sur de l’ammonitrate humide se trouvant dans le hangar, ce qui aurait provoqué l’explosion un quart d’heure après. En effet, ce mélange reconstitué en laboratoire, peut être explosif.

Cela dit, certains chimistes ne sont pas d’accord avec cette thèse ni non plus l’industriel mis en cause. D’autres explications ont été avancées comme un acte de malveillance ou un attentat terroriste dissimulé par l’Etat. Cette hypothèse ne peut en effet pas véritablement être écartée car un ouvrier maghrébin avait trouvé la mort sur les lieux de l’explosion et il portait sur lui plusieurs caleçons comme le font des islamistes terroristes. D’autre part, un coup de fil anonyme aurait été donné la veille pour avertir de l’explosion. Une autre piste évoque un incident électrique à la SNPE, usine voisine. Une surtension aurait alors touché le hangar. D’autres encore évoquent une explosion de gaz…

On le voit, cette affaire est donc complexe d’autant plus que l’ouvrier accusé du mélange accidentel a bénéficié d’un non-lieu. Ce procès hors-normes va donc être une bataille d’experts avec des chimistes, des sismologues, des électriciens, etc. Personne ne peut exclure un non-lieu pour Serge Biechlin et le groupe Total mis en examen pour « blessures involontaires » et « destructions de biens ». Le premier risque trois ans de prison et 45 000 euros d’amendes, le second devrait payer 225 000 euros car déjà, plus de 2 milliards ont été versés par Total dans le cadre des indemnisations à l’amiable. D’autres personnes devraient continuer leurs actions pour aggravation de leur situation et des nouveaux cas sont aussi enregistrés…


Toulouse
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depeche Il y a 392 jours 5 heures 48 minutes

Le Lundi 23 Février 2009
Postée par ktilou

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